Un évêque arrêté dans la nuit. Une reine morte d'un mal sans nom. Une effigie de cire baptisée du nom de Jeanne, une épingle enfoncée à hauteur du cœur.
Un évêque arrêté dans la nuit. Une reine morte d'un mal sans nom. Une effigie de cire baptisée du nom de Jeanne, une épingle enfoncée à hauteur du cœur. En 1308, Philippe le Bel accuse son propre évêque de Troyes d'avoir tué la reine par envoûtement. Ce n'est pas une rumeur de cour. C'est une procédure pontificale.
Les suspects
Guichard de Troyes a tout à la cour de France : son évêché, sa fortune, sa place. Il les doit aux deux reines de Champagne, Blanche d'Artois et sa fille Jeanne, épouse de Philippe le Bel. Quand il perd leur faveur, il perd tout. Dans l'entourage du futur Louis X, ses ennemis sont nombreux, patients et bien placés. En février 1308, un ermite se confesse à Sens. Il dit avoir vu l'évêque pratiquer des maléfices la nuit, dans son ermitage. Le bailli transmet au roi.
La procédure
Le pape Clément V mandate une commission de trois évêques. Près de trois cents témoins sont interrogés. Les charges s'accumulent : simonie, usure, violences, et la mort des deux reines par poison ou envoûtement. Guichard conteste chaque article. Il connaît les rouages et ne se tait pas. Le procès dure cinq ans, mêlant juridiction pontificale et volonté royale, dans l'exacte même période que le procès des Templiers.
Le verdict
Les accusateurs avouent la machination. Guichard est absous. Mais l'évêché reste saisi. Il ne retourne jamais en Champagne. Il meurt en 1317, nommé évêque d'un siège sans territoire en Bosnie. Les archives du Vatican conservent une lettre de sa main à un apothicaire, qui se termine par ces mots : mettez cette lettre au feu quand vous l'aurez lue.
La lettre n'a pas été brûlée.